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À propos de Shirley Jaffe

Shirley Jaffe (1923-2016) était une artiste abstraite dont l'œuvre s'est développée au sein de la scène artistique parisienne de l'après-guerre. Née aux États-Unis, elle a passé la majeure partie de sa vie en France. Après avoir débuté sa carrière dans l'expressionnisme abstrait, elle a développé un langage visuel très personnel et singulier.

Biographie

1923

Shirley Jaffe, née Shirley Sternstein le 2 octobre 1923 à Elizabeth, dans le New Jersey, est l'aînée de trois enfants. Sa mère, Ann Sternstein (née Levine), a émigré de Russie à l'âge de deux ans, et son père, Benjamin Sternstein, d'Autriche-Hongrie, à dix-neuf ans. L'histoire de la famille est marquée par l'expérience de l'immigration et par la volonté de s'intégrer à la société américaine.

1929

En octobre 1929, le krach boursier de Wall Street plonge les États-Unis et une grande partie du monde dans la Grande Dépression. Cette rupture historique coïncide avec la petite enfance de Jaffe et s'inscrit dans le contexte socio-économique instable de son enfance.

1933

À dix ans, Shirley Jaffe perd son père, propriétaire d'une usine de chemises. La vente mal gérée de l'entreprise plonge la famille dans une situation financière précaire. Jérôme, le benjamin, n'a qu'un an. La famille déménage à Brighton Beach, à Brooklyn. Dans ce cadre familial modeste, Shirley commence à dessiner et à peindre. Elle décrira plus tard cette activité comme un moyen de s'offrir des moments de solitude et de concentration au sein d'une maison surpeuplée.

 

Le judaïsme fait partie intégrante du contexte familial et culturel de Shirley Jaffe. Pourtant, elle décrit constamment la religion comme n'ayant été ni imposée ni particulièrement centrale dans son éducation. La pratique et les rituels y jouent un rôle secondaire durant son enfance. Plus tard, elle affirme ne s'être jamais sentie particulièrement juive, même si elle reconnaît avoir été perçue comme telle dans certains contextes. Son frère Jérôme, en revanche, vit leur héritage juif différemment et le perçoit comme plus contraignant. Il attribue par la suite cette divergence non pas à des différences de croyances, mais au genre, suggérant que les attentes et les pressions liées à l'identité religieuse pèsent plus lourd sur lui que sur sa sœur.

 

1945

Shirley est diplômée de la Cooper Union School of Art. Elle décrit plus tard les rétrospectives de Pierre Bonnard au Museum of Modern Art (1948) et de Kandinsky au Museum of Non-Objective Art (aujourd'hui Solomon R. Guggenheim Museum) en 1946 comme ayant été influentes durant ces premières années.

1949

Shirley épouse le journaliste Irving Jaffe, qu'elle suit à Washington, D.C.

À Washington, elle étudie brièvement à la Phillips Art School. En octobre 1949, les Jaffe s'installent à Paris. Irving Jaffe étudie à la Sorbonne grâce au GI Bill. Le Paris d'après-guerre, bien qu'il ne soit plus le centre incontesté du monde de l'art international, demeure un lieu d'échanges artistiques essentiel. Il est particulièrement prisé des jeunes artistes américains. Jaffe intègre un cercle d'artistes comprenant Jules Olitski, Al Held, Sam Francis, Kimber Smith, James Bishop, George Sugarman, Jean Paul Riopelle et Joan Mitchell. Son arrivée à Paris marque un tournant par rapport au parcours migratoire de ses parents et le deuil de sa famille restée à Brooklyn.

 

1952

Jaffe retourne à New York pour plusieurs mois. Deux toiles de ses amis proches, Sam Francis et Jean Paul Riopelle, l'accompagnent. Elle travaille chez Macy's et s'imprègne de la scène artistique contemporaine.

1956

Jaffe présente sa première exposition personnelle à la Galerie du Haut Pavé à Paris. L'exposition réunit des peintures de sa première période abstraite, encore marquées par une approche gestuelle et picturale caractéristique de l'époque, et précédant le tournant structurel radical qui se manifestera dans son œuvre à la fin des années 1960.

1958

En 1958, Shirley Jaffe participe à une exposition au Centre culturel suisse à Paris, aux côtés de Sam Francis et Kimber Smith. Contrairement à son exposition personnelle de 1956, cette présentation l'inscrit au sein d'un groupe de peintres américains déjà reconnus, plutôt que comme une figure émergente isolée. Sam Francis, en particulier, jouit déjà d'une solide réputation internationale. La présence de Jaffe indique que son œuvre est perçue comme faisant partie d'un courant cohérent et pertinent de l'abstraction d'après-guerre, circulant entre Paris, la Suisse et les États-Unis.

1959

Jaffe présente une exposition personnelle à la galerie Klipstein & Kornfeld de Berne. Cette exposition marque sa première exposition individuelle en Suisse et inaugure des relations durables avec les galeries, les collectionneurs et les institutions suisses.

1961

She presents her first solo exhibition at Galerie Handschin in Basel. In the same year, François Mathey organizes the exhibition of Henri Matisse’s paper cutouts at the Musée des Arts décoratifs in Paris. Jaffe later identifies this exhibition as having a profound impact on her understanding of form, color, and spatial organization.

1962

Jaffe signe un contrat d'exclusivité pour l'Europe avec la Galerie Handschin à Bâle. À peu près à la même époque, elle divorce d'Irving Jaffe. Elle conserve son nom d'épouse, sous lequel son identité artistique et sa reconnaissance professionnelle continuent de se développer.

1963–1964

Jaffe reçoit une bourse de la Fondation Ford et s'installe à Berlin. La ville, encore profondément marquée par les séquelles de la Seconde Guerre mondiale et les divisions politiques, offre un environnement radicalement différent de celui de Paris. Durant son séjour, elle rencontre des artistes tels que Frédéric Benrath et Emilio Vedova, ainsi que des compositeurs comme Elliott Carter, Iannis Xenakis et Karlheinz Stockhausen. Cette période contribue de manière décisive à une réorientation de sa pratique artistique.

1964

Ses peintures figurent dans l'exposition « La Peau de l'Ours » à la Kunsthalle de Bâle. Ces œuvres ont été acquises à l'initiative de l'historien d'art et commissaire d'exposition suisse Arnold Rüdlinger, par une association de collectionneurs bâlois. Rüdlinger joue un rôle déterminant dans l'intégration de l'œuvre de Jaffe au sein de collections privées et institutionnelles suisses. Grâce à cette acquisition, Jaffe s'inscrit pleinement dans le paysage du marché européen de l'art, tant en matière de collection que de commissariat d'exposition, et rayonne bien au-delà des galeries parisiennes.

1966

Jaffe présente sa première exposition personnelle à la Galerie Jean Fournier à Paris, au 22 rue du Bac. Cette exposition inaugure une collaboration qui se poursuivra jusqu'en 1997 et comprendra neuf expositions personnelles, faisant de Fournier sa galerie principale en France.

1967

La mère de Jaffe décède. La même année, Arnold Rüdlinger s'éteint également à l'âge de quarante-huit ans. Jaffe décrira plus tard ces deux pertes comme la disparition des « piliers » de son monde, soulignant ainsi la gravité émotionnelle de ce moment dans sa vie.

1968

Jaffe achève Boulevard Montparnasse , une œuvre majeure qui marque une rupture décisive avec l'abstraction gestuelle. Elle incarne une nouvelle approche de la structure et de l'organisation spatiale. Elle est acquise un an plus tard par le Fonds national d'art contemporain.

La même année, les manifestations étudiantes imprègnent l'espace public. Jaffe prend une série de photographies des ruines de la gare Montparnasse avant sa modernisation.

1969

Jaffe s'installe dans son atelier-appartement au 8 rue Saint-Victor, dans le Quartier latin à Paris, où elle vivra et travaillera jusqu'à sa mort. La même année, Boulevard Montparnasse entre au Fonds national d'art contemporain, devenant ainsi sa première œuvre à intégrer une collection publique française. Sa seconde exposition personnelle à la Galerie Jean Fournier révèle pleinement son éloignement de la peinture gestuelle expressionniste abstraite. Cette exposition est généralement considérée comme le moment où la rupture stylistique décisive de Jaffe devient pleinement manifeste. Le passage d'une abstraction gestuelle à un langage pictural rigoureusement structuré confère à son œuvre une singularité au sein de l'abstraction d'après-guerre.

1973

Jaffe voyage beaucoup à travers les États-Unis, de New York à la Californie, renouant ainsi avec le milieu artistique américain et ses institutions.

1975

Le Musée d'art moderne de San Francisco reçoit une toile sans titre de Jaffe datant de 1970, offerte par Sam Francis. La même année, le Musée de Grenoble acquiert sa première œuvre de l'artiste, inaugurant ainsi sa collection.

1985

Le Musée national d'art moderne entame la collection d'œuvres de Shirley Jaffe. Ceci marque le début d'une reconnaissance institutionnelle durable de son travail en France.

1989

Jaffe expose à la galerie New York Artists Space. Quarante ans après avoir quitté les États-Unis, il s'agit de sa première exposition personnelle dans cette galerie. Un an plus tard, elle organise sa première exposition personnelle en collaboration avec la galeriste new-yorkaise Holly Solomon.

1996

Le Centre Pompidou acquiert le grand diptyque Tous ensemble , peint l'année précédente. Cette acquisition témoigne de la confiance institutionnelle croissante accordée à l'importance de son œuvre.

2002

La galerie new-yorkaise Tibor de Nagy organise sa première exposition personnelle consacrée à l'œuvre de Jaffe.

2008

Le Centre Pompidou commande une documentation photographique de l'atelier de Jaffe, rue Saint-Victor. Les photographies témoignent du caractère austère et fonctionnel de l'espace où elle travaille et vit.

2016

Le 3 août, lors d'une visite d'atelier de Frédéric Paul, conservateur d'art contemporain, et de Bernard Blistène, alors directeur du Musée national d'art moderne, Shirley Jaffe se voit proposer une exposition personnelle au musée. Elle décède le 29 septembre 2016 à Louveciennes. Peu avant sa mort, elle approuve la sélection d'œuvres destinées à un important don au Centre Pompidou.

2020

Douze tableaux réalisés entre 1952 et 1968 intègrent les collections du Centre Pompidou par donation, constituant ainsi la plus importante collection publique d'œuvres de l'artiste.

2021–2023

Le Kunstmuseum de Bâle, le Musée Matisse de Nice et le Centre Pompidou s'associent pour une importante rétrospective itinérante. L'exposition confirme le rôle majeur de Shirley Jaffe dans l'abstraction d'après-guerre et son œuvre, à la croisée des contextes artistiques américain et européen.

2025

Près de dix ans après sa mort, la Fondation Shirley Jaffe est créée par les descendants de l'artiste.

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